Le valgus dynamique : le geste qui vous a blessé, et qu'il faut désapprendre
Le genou qui rentre vers l'intérieur à la réception. Un schéma associé au risque de lésion, mesurable, et modifiable par l'entraînement.
Par Nils P.
Regardez une vidéo au ralenti d'une rupture du ligament croisé antérieur sans contact. Vous verrez presque toujours la même chose : le genou qui rentre vers l'intérieur pendant que le pied reste planté au sol. Ce mouvement porte un nom, le valgus dynamique, et c'est l'un des rares facteurs de risque à la fois mesurable et modifiable.
De quoi il s'agit exactement
Le valgus dynamique est l'effondrement du genou vers l'intérieur pendant une phase d'appui ou de réception. Le fémur part en rotation interne et en adduction, le tibia suit, et le genou se retrouve médialement par rapport à l'axe pied-hanche.
Ce n'est pas un défaut isolé du genou. C'est le plus souvent la conséquence d'un déficit de contrôle plus haut, au niveau du bassin et de la hanche, ou plus bas, au niveau du pied. Le genou est l'articulation qui encaisse, rarement celle qui décide.
Le moment critique dure quelques dizaines de millisecondes après le contact au sol. C'est là que la contrainte sur le ligament croisé antérieur est maximale, et c'est exactement l'instant que l'œil humain ne peut pas analyser en temps réel.
Pourquoi c'est un sujet d'entraînement, pas de fatalité
Ce qui rend le valgus dynamique intéressant, c'est qu'il se modifie. Plusieurs travaux soutiennent l'ajout d'exercices avec retour d'information pour réduire les angles de valgus dynamique.PMID 33172101
La clé est le retour d'information. Un sportif qui reçoit mal ne le sait pas : sa sensation interne ne lui dit pas que son genou rentre. Lui montrer, en vidéo ou par une mesure, transforme un défaut invisible en cible d'entraînement.
Un point important sur la manière de le corriger. L'apprentissage moteur est plus efficace avec un focus attentionnel externe qu'avec un focus interne.PMID 30719683 Demander « contrôle ton genou » oriente l'attention vers l'articulation et donne souvent de moins bons résultats que « pousse le sol vers l'extérieur » ou « garde les genoux au-dessus des repères au sol ».
Comment on le mesure
Trois approches coexistent, avec des coûts et des précisions très différents.
L'analyse optoélectronique en laboratoire. C'est la référence, avec des marqueurs et des caméras infrarouges. Précise, chère, indisponible en pratique courante.
La vidéo en 2D. Une caméra de face, un drop jump, et une mesure d'angle image par image. Accessible, mais dépendante du placement de la caméra et de l'opérateur.
La mesure portée, pendant l'activité réelle. C'est la voie qu'emprunte PIVO : la genouillère mesure là où le mouvement se produit, en séance comme à l'entraînement.
Il faut être précis sur ce que cette dernière approche sait faire. La flexion et l'extension sont les mesures les plus fidèles. Le valgus dynamique, lui, se situe dans le plan frontal, où la fidélité est bonne à correcte selon le geste, mais moins élevée que pour la flexion. C'est une information utile et exploitable, ce n'est pas une mesure de laboratoire, et nous le présentons comme tel.
Ce que la mesure change dans la rééducation
Sans mesure, le travail du valgus dynamique repose sur l'œil du kinésithérapeute pendant la séance. Deux limites : l'œil ne voit pas les 50 premières millisecondes, et la séance ne représente qu'une petite fraction de l'activité réelle.
Avec une mesure portée, deux choses deviennent possibles.
Le suivi en conditions réelles. Le valgus se dégrade avec la fatigue. Un sportif qui réceptionne correctement en début de séance peut s'effondrer après quarante minutes. C'est cette dégradation en fatigue qui compte, et elle ne se voit pas sur trois répétitions au cabinet.
La comparaison entre les deux jambes. Le membre non opéré sert de référence. Un valgus asymétrique n'a pas la même signification qu'un valgus bilatéral, qui relève plutôt du schéma moteur global.
Le programme, en pratique
Le travail se construit en quatre couches, dans cet ordre.
Le contrôle du bassin. Fessier moyen, contrôle en appui monopodal, stabilité du bassin en charge. C'est la base, et c'est souvent là que se trouve la cause.
La réception contrôlée. Drop jump de faible hauteur, atterrissage souple, genoux alignés sur des repères visuels au sol. On travaille la qualité avant la quantité.
Le changement de direction. D'abord planifié, avec un signal connu à l'avance. Puis imprévu, sur signal visuel donné au dernier moment. C'est cette dernière étape qui se rapproche du sport réel, et c'est aussi la plus exigeante.
La fatigue. Les mêmes gestes, en fin de séance. Si la qualité s'effondre, le volume d'entraînement doit être ajusté avant d'augmenter l'intensité.
Ce que PIVO mesure, et ce qu'il ne prétend pas
La genouillère détecte les sauts, mesure la hauteur et le temps de contact, l'impact vertical à la réception, et estime le valgus dynamique dans le plan frontal.
Elle ne remplace pas une analyse en laboratoire, elle ne fournit pas un angle certifié au degré près, et elle ne dit pas si votre geste est « bon » ou « mauvais ». Elle donne une tendance, comparable entre les deux jambes et dans le temps, en conditions réelles plutôt qu'en salle de test.
C'est ensuite votre kinésithérapeute qui décide ce qu'il en fait, et ce qu'il vous fait travailler.
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