Une application qui affiche des chiffres sans expliquer ce qu'ils valent produit de l'anxiété, pas de la compréhension. Ce guide passe en revue chaque mesure de PIVO : ce qu'elle est, à quel point elle est fiable, comment la lire, et l'erreur d'interprétation la plus fréquente.
L'amplitude : la mesure la plus fiable
Ce que c'est
L'angle entre votre cuisse et votre jambe. Deux valeurs vous intéressent : la flexion maximale, quand vous pliez le genou au maximum, et l'extension, quand vous le tendez. Une extension de 0° signifie que la jambe est parfaitement tendue. Une extension de 5° signifie qu'il manque 5°, ce qu'on appelle un flessum.
Sa fiabilité
C'est la mesure la plus solide de tout le système, et celle que nous affichons sans réserve.
Autrement dit : quand PIVO affiche 124° de flexion, vous pouvez le prendre au sérieux.
Comment la lire
La flexion. Elle progresse par paliers, pas de façon linéaire. Des repères usuels : plus de 90° à quatre semaines, plus de 130° vers M4.
L'extension. C'est la valeur la plus importante des premiers mois. Un flessum qui s'installe est difficile à récupérer et désorganise durablement la marche et la course. Une flexion inférieure à 90° à quatre semaines ou un flessum de 10° qui stagne imposent une réévaluation.2008
L'erreur la plus fréquente
Regarder la valeur du jour plutôt que la pente. Une flexion à 118° un mardi ne dit rien. Une flexion bloquée à 118° depuis trois semaines dit beaucoup.
La charge cumulée : le volume que vous encaissez
Ce que c'est
Un agrégat du volume de contraintes accumulées sur une période : nombre et intensité des impacts, sauts, temps de port en activité. Elle s'exprime en valeur relative, comparée à vos propres semaines précédentes, pas en unité absolue.
Pourquoi elle existe
Parce que c'est l'information que personne n'avait. Entre deux séances au cabinet, ni vous ni votre kinésithérapeute ne saviez si vous aviez fait trop, pas assez, ou juste ce qu'il fallait.
Comment la lire
Une augmentation de 10 à 20 % par semaine est une progression maîtrisée.
Une augmentation supérieure à 40 % est un pic. Les pics de charge sont associés aux blessures dans la plupart des sports, et ils précèdent souvent les épisodes inflammatoires.
Une chute brutale signale un arrêt, une douleur ou un découragement. C'est une information aussi utile que le pic.
L'erreur la plus fréquente
Croire que plus, c'est mieux. Les cabinets qui commencent à mesurer découvrent souvent que le surdosage est aussi fréquent que le sous-dosage, et il est silencieux : le patient qui en fait trop pense bien faire et ne le signale pas.
La circonférence : le gonflement, mesuré plutôt qu'estimé
Ce que c'est
L'évolution du volume du genou, relevée par la genouillère elle-même à chaque port, sans que vous ayez rien à faire. C'est le suivi de l'épanchement, jour après jour, là où il n'existait jusqu'ici qu'un relevé hebdomadaire au cabinet.
Pourquoi elle existe
Parce que l'épanchement est la réponse la plus directe de l'articulation à une charge qu'elle ne tolère pas encore, et parce qu'il inhibe le quadriceps. Un genou qui regonfle freine la récupération de force, pas seulement le confort. Jusqu'ici, la seule façon de le suivre était le mètre ruban du kinésithérapeute, une fois par semaine au mieux, et l'impression du patient le reste du temps.
Elle se lit toujours à côté de la charge cumulée. Séparées, les deux courbes racontent la moitié de l'histoire ; superposées, elles disent si le volume de la semaine est passé.
Comment la lire
Une décroissance lente sur les premières semaines est la trajectoire attendue après une ligamentoplastie. Elle ne revient pas à zéro : un genou opéré reste un peu plus volumineux que l'autre longtemps après la fin du parcours.
Une montée brusque, en un ou deux jours, dans les suites d'une grosse séance est un épanchement. C'est le signal à regarder.
Une remontée lente sur plusieurs semaines à partir du quatrième mois est le plus souvent du muscle qui revient, pas du liquide.
Ses limites, et elles comptent
La valeur absolue n'est pas fiable, la variation l'est. La genouillère lit le genou là où elle se trouve : posée deux centimètres plus haut qu'hier, elle lit autre chose. C'est pour cela que l'application affiche une évolution et non un tour de genou opposable, et pour cela que la pose doit être la même chaque jour.
Elle ne distingue pas l'épanchement du volume musculaire. Un quadriceps qui regagne du volume augmente lui aussi le périmètre. C'est la vitesse de la variation qui sépare les deux, pas sa valeur.
Elle ne concerne qu'un genou. La genouillère n'est portée que du côté opéré : la comparaison avec l'autre genou passe par un relevé au cabinet.
Elle est moins établie que la mesure d'angle. Nous la présentons comme une tendance, et nous la comparerons à une méthode de référence avant d'en dire davantage.
L'erreur la plus fréquente
En faire un diagnostic. Une circonférence qui monte est une raison de revoir le dosage avec son kinésithérapeute, pas un signe de complication. Un gonflement brutal avec douleur intense, rougeur, chaleur ou fièvre relève d'une consultation sans attendre, et cela ne se décide pas sur une courbe.
Les sauts : hauteur, contact, symétrie
Ce que c'est
PIVO détecte automatiquement les sauts et mesure trois choses : la hauteur, le temps de contact au sol, et l'impact vertical à la réception.
Ces mesures correspondent aux hop tests utilisés dans les batteries de retour au sport : single hop, triple hop, crossover hop, six-metre timed hop.
Comment les lire
La hauteur reflète la production de force explosive. Comparée entre les deux jambes, elle donne un indice de symétrie.
Le temps de contact reflète la capacité à réutiliser l'énergie élastique. Un temps de contact long sur la jambe opérée, à hauteur égale, signale une stratégie d'évitement.
L'impact vertical mesure la décélération subie au contact. Un impact élevé signifie une réception raide, moins amortie.
L'erreur la plus fréquente
Se réjouir d'une symétrie élevée obtenue en dégradant la performance des deux côtés. Une symétrie à 96 % entre deux sauts médiocres n'est pas un bon résultat. C'est pourquoi PIVO affiche systématiquement les valeurs absolues à côté du pourcentage.
La force : pourquoi elle se mesure au cabinet
Pourquoi la genouillère ne la mesure pas
Ce n'est pas un choix commercial ni une limite provisoire. Une mesure de force exige un point d'ancrage fixe contre lequel pousser ou tirer. Un capteur porté sur un segment qui se déplace librement ne peut pas la restituer.
Quand vous lisez qu'un textile connecté mesure la force musculaire, méfiez-vous : il mesure autre chose, et il en déduit une estimation.
Comment elle se mesure vraiment
Avec une sangle tendue contre un point d'ancrage fixe, ou avec un dynamomètre isocinétique en centre équipé. C'est un examen de cabinet, réalisé par votre kinésithérapeute : PIVO ne le remplace pas et ne le reproduit pas.
Pourquoi l'ancrage compte : le dynamomètre manuel sous-estime systématiquement la force aux valeurs élevées, parce que l'examinateur devient le facteur limitant.PMID 32142620 Un kinésithérapeute ne peut pas contenir le quadriceps d'un rugbyman de 25 ans, donc sa mesure sature et une progression réelle de 12 % devient invisible.
Ce qui est mesuré
Force isométrique du quadriceps, à 60° et à 90° de flexion. Force isométrique des ischio-jambiers. Ratio ischio-jambiers sur quadriceps. Le tout aux deux membres, dans la même séance.
Le ratio compte beaucoup : la symétrie des ischio-jambiers à haute vitesse et le ratio ischio-jambiers sur quadriceps prédisent mieux la seconde lésion que la force du quadriceps seule.PMID 37728760
La symétrie : le chiffre le plus mal utilisé
Ce que c'est
Un rapport entre le membre opéré et le membre sain, exprimé en pourcentage. Le seuil de 90 % est le standard de fait, retrouvé dans 33 études d'une revue de 2025, associé à un délai de six à neuf mois.
Ses trois faiblesses
La référence bouge. Le membre sain varie lui-même de plus de 10 % chez 24 à 38 % des patients entre six et neuf mois.PMID 36312704 Une symétrie qui passe de 82 % à 91 % peut signifier que la jambe opérée a progressé, ou que la jambe saine a régressé.
Elle ne discrimine pas le risque. Sur 233 athlètes, différents tests de fonction musculaire et scores rapportés par les patients ne sont pas associés à une seconde lésion : aire sous la courbe ROC comprise entre 0,50 et 0,59.PMID 39797641 Une aire de 0,50 correspond au hasard.
Elle masque le niveau absolu. Deux jambes également faibles donnent une symétrie parfaite.
Comment la lire correctement
Toujours avec trois éléments à côté : les deux valeurs absolues, l'historique sur plusieurs mois, et la cohérence avec les autres mesures. Une force symétrique mais des hop tests à 78 % signale un problème de production de force dynamique ou d'appréhension, pas un problème de force pure.
L'erreur la plus fréquente
Prendre 90 % pour un feu vert. Ce n'est pas un feu vert. C'est un critère parmi d'autres, dans une décision qui appartient à votre chirurgien et à votre kinésithérapeute.
Ce que ces mesures ne disent pas
Une section entière parce qu'elle compte autant que les précédentes.
Elles ne disent rien de l'état du greffon. Aucune mesure de mouvement ne renseigne sur la cicatrisation ou la ligamentisation. Cela relève de l'examen clinique et, si nécessaire, de l'imagerie.
Elles ne mesurent pas la proprioception. Le greffon ne possède aucun récepteur proprioceptif, et la récupération du contrôle neuromusculaire s'évalue par des tests fonctionnels, pas par une mesure d'angle.
La rotation axiale est peu fiable. Sa fidélité se dégrade nettement sur les gestes rapides. PIVO l'affiche comme indicative et ne construit aucun seuil dessus.
Le valgus dynamique est correct, pas exact. Sa fidélité varie selon le geste. C'est utilisable comme tendance, ce n'est pas une mesure de laboratoire.
Aucune mesure ne dit quand reprendre. Aucun écran de l'application n'affiche de date, de feu vert ou de score d'aptitude. Cette limite est structurante et elle ne changera pas.
Si un chiffre de votre application vous inquiète, la bonne réaction n'est pas de chercher son interprétation en ligne. C'est d'en parler à votre kinésithérapeute, qui voit la même courbe que vous et connaît votre dossier.
Le parcours mois par mois · La preuve clinique · Force du quadriceps et seuil de 90 %