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Retour au sport27 janvier 2027 · 9 min de lecture

Reprendre le football après une ligamentoplastie : la checklist honnête

Courir droit, ce n'est pas jouer. Entre la reprise de la course et le retour en match, il reste cinq mois de travail et une batterie de tests.

Par Marc Delaunay

Courir droit, ce n'est pas jouer. Entre le moment où vous refaites vos premiers footings et celui où vous rentrez sur un terrain pour un match, il reste cinq mois de travail et une batterie de tests. Voici la checklist, sans arrondir les angles.

Étape 1 : la reprise de la course, autour de M4

C'est la première étape symbolique, et souvent la plus mal calibrée.

Le délai médian de reprise de la course relevé dans une revue de 201 études est de 12 semaines, avec une dispersion considérable entre les protocoles.PMID 29720478 Cette dispersion est le vrai message : il n'existe pas de consensus, donc pas de date qui vaille comme critère.

Sur une cohorte de 216 patients au CHU de Nantes, les seuils retenus pour autoriser la course à quatre mois sont une symétrie du quadriceps d'au moins 60 %, une symétrie des ischio-jambiers d'au moins 90 %, et un score de Lysholm de 97.PMID 36293974

Notez le déséquilibre : 60 % suffisent pour le quadriceps, mais 90 % sont exigés pour les ischio-jambiers. Ce n'est pas une coquille. Les ischio-jambiers protègent activement le greffon contre le tiroir antérieur.

Ce qui doit être acquis avant de courir : extension complète sans flessum, genou sec sans épanchement récurrent, marche parfaitement symétrique, et capacité à réaliser des sauts sur place bipodaux sans douleur ni appréhension.

Étape 2 : la course devient de la course de football

Courir en ligne droite sur un tapis est un point de départ, pas un objectif. Le football se joue en accélérations courtes, décélérations brutales, appuis latéraux et changements de direction.

L'ordre de progression compte.

Course continue à allure modérée, sur terrain plat et régulier, avant tout le reste.

Accélérations progressives, puis décélérations contrôlées. La décélération est plus contraignante que l'accélération pour le genou, et elle est systématiquement sous-travaillée.

Changements de direction planifiés. Un parcours en slalom, avec des cônes visibles, sur des angles progressifs.

Changements de direction imprévus. Sur signal visuel donné au dernier moment. C'est là que le geste ressemble enfin au jeu, et c'est là que le valgus dynamique se révèle.

Étape 3 : la batterie de retour au sport, autour de M6 à M9

C'est le vrai filtre. Elle comporte quatre familles de tests.

La force isométrique, quadriceps et ischio-jambiers, aux deux membres, mesurée dans les mêmes conditions et le même jour. Attention à l'instrument : le dynamomètre manuel sous-estime systématiquement la force aux valeurs élevées, l'examinateur devenant le facteur limitant.PMID 32142620 Un ancrage fixe est nécessaire pour que la mesure signifie quelque chose sur un footballeur entraîné.

Les hop tests. Single hop, triple hop, crossover hop, six-metre timed hop. Symétrie visée au-delà de 90 %, avec les distances absolues affichées à côté.

La qualité du mouvement. Réception, valgus dynamique, symétrie de charge, avec et sans fatigue.

La disponibilité psychologique. Score ACL-RSI, avec un repère à 65 issu de la cohorte française FAST.

Un rappel indispensable : un indice de symétrie pris isolément ne discrimine pas un retour au sport sûr. C'est la combinaison des critères, et leur évolution, qui informe.

Étape 4 : la réintégration collective

Passer les tests ne veut pas dire rentrer en match. Entre les deux, il reste une phase de réintégration qui se compte en semaines.

Entraînement individuel avec ballon, conduite, passes, frappes, sans opposition.

Entraînement collectif sans contact, jeu réduit, opposition passive.

Entraînement collectif complet, opposition réelle, duels.

Match, en entrant progressivement. Une mi-temps, puis un match entier.

Cette progression prend en général quatre à huit semaines. La raccourcir revient à annuler une partie du bénéfice du travail précédent.

Ce qui doit vous faire ralentir

Un épanchement qui revient après les séances. C'est le signal le plus fiable d'un volume mal calibré.

Une douleur qui augmente d'une séance à l'autre. Une douleur stable et modérée est fréquente, une douleur croissante ne l'est pas.

Une chute de qualité en fin de séance. Si votre réception se dégrade après quarante minutes, votre capacité de match n'est pas construite.

Une charge cumulée qui bondit. Les pics de charge sont associés aux blessures dans la plupart des sports collectifs. Une progression maîtrisée bat une progression rapide.

Les chiffres qu'il faut connaître avant de décider

Ceux qui échouaient aux tests objectifs avant de reprendre ont subi 38,2 % de nouvelles lésions, contre 5,6 % chez ceux qui les réussissaient. Chaque mois de délai supplémentaire jusqu'à neuf mois réduisait le risque de 51 %.PMID 27162233

Le risque de seconde lésion atteint 21 % chez les moins de 25 ans et 23 % chez ceux qui reprennent le sport.PMID 26772611

Si vous avez 19 ans, que vous jouez au football et que vous envisagez de reprendre à sept mois sans batterie complète, vous cumulez trois facteurs de risque documentés. Ce n'est pas une interdiction, c'est une information.

Le rôle de PIVO dans cette séquence

Entre les bilans au cabinet, la genouillère mesure ce que vous faites réellement : amplitude, charge cumulée, circonférence du genou, hauteur et temps de contact des sauts, impact à la réception, valgus dynamique. Votre kinésithérapeute voit la progression et, la charge et la circonférence étant côte à côte, repère les pics avant qu'ils ne se traduisent en épanchement installé.

Au cabinet, votre kinésithérapeute teste la force avec ses propres outils, aux deux membres et dans les mêmes conditions à chaque bilan. PIVO ne mesure pas la force : il mesure ce qui se passe entre les bilans.

Et à la fin, un compte rendu daté part chez votre chirurgien. La décision de reprise, elle, reste la sienne et celle de votre kinésithérapeute.

La phase M4 à M9 · Le valgus dynamique · La peur de se reblesser

Sources

PIVO

Mesurer plutôt que supposer

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