DIDT ou KJ : ce que le choix du greffon change pour votre rééducation
Le choix appartient au chirurgien. Mais il a des conséquences concrètes sur les premières semaines, et vaut la peine d'être compris.
Par Pr Hélène Marchand
Le choix du greffon appartient à votre chirurgien. Il dépend de votre sport, de votre âge, de votre morphologie, de vos antécédents et de son expérience. Mais ce choix a des conséquences concrètes sur vos premières semaines de rééducation, et il vaut la peine d'être compris plutôt que subi.
Les deux techniques, en deux phrases
Le DIDT, pour droit interne et demi-tendineux, prélève deux tendons des ischio-jambiers à la face interne de la cuisse. Ils sont pliés, tressés, et fixés dans des tunnels osseux fémoral et tibial.
Le KJ, pour Kenneth Jones, prélève le tiers central du tendon rotulien avec une baguette osseuse à chaque extrémité. La fixation est os contre os.
Il existe d'autres options, notamment le tendon quadricipital, en progression ces dernières années, et les greffes issues d'un donneur dans certaines situations de reprise.
Ce que le choix change pour vous, semaine après semaine
Avec un DIDT
Le site de prélèvement est à la face interne de la cuisse. Les ischio-jambiers sont donc directement touchés, et leur récupération de force demande du temps. Certains patients gardent un déficit mesurable en flexion profonde pendant plusieurs mois.
Conséquence pratique : le travail spécifique des ischio-jambiers occupe une place importante dans votre programme, plus tôt et plus longtemps qu'avec un KJ. Et ce n'est pas un détail, puisque la symétrie des ischio-jambiers à haute vitesse et le ratio ischio-jambiers sur quadriceps prédisent mieux la seconde lésion que la force du quadriceps seule.PMID 37728760
L'électrostimulation superposée aux exercices après greffe d'ischio-jambiers montre un bénéfice sur la force à 90 et 380 jours, ainsi que sur la symétrie de charge en saut.PMID 35250338 Si votre kinésithérapeute vous en propose, ce n'est pas un gadget.
Point favorable : la douleur antérieure du genou, à l'agenouillement notamment, est généralement moins marquée qu'avec un KJ.
Avec un KJ
Le site de prélèvement est le tendon rotulien, à l'avant du genou. La douleur antérieure est plus fréquente, en particulier à l'agenouillement, et elle peut persister plusieurs mois. Pour un carreleur, un jardinier ou un gardien de but, ce point n'est pas anecdotique.
L'inhibition du quadriceps est souvent plus marquée au début. Le travail de verrouillage actif prend donc une place centrale dès les premières semaines.
Point favorable : la fixation os contre os est réputée solide et son intégration rapide, ce qui peut peser dans le choix pour certains sports de pivot-contact.
Ce que la littérature dit de la comparaison
Les revues comparatives entre greffe au tendon rotulien et greffe aux ischio-jambiers ne dégagent pas de supériorité franche d'une technique sur l'autre en termes de résultat fonctionnel global. Les différences portent surtout sur le profil de morbidité du site de prélèvement : douleur antérieure d'un côté, déficit de flexion de l'autre.
C'est précisément pour cela que le choix est individuel. Un rugbyman de première ligne, une handballeuse de 18 ans et un skieur de randonnée de 45 ans n'ont ni les mêmes contraintes ni les mêmes priorités.
Ce qu'il faut retenir : la technique n'est pas le facteur qui détermine votre résultat. Le déroulement de la rééducation et la qualité de la décision de reprise pèsent beaucoup plus lourd. Rappelons le résultat central : 38,2 % de nouvelles lésions chez ceux qui échouaient aux tests avant de reprendre, contre 5,6 % chez ceux qui les réussissaient, toutes techniques confondues.PMID 27162233
Les questions à poser à votre chirurgien
Elles sont simples et vous avez le droit de les poser.
Quelle technique prévoyez-vous, et pourquoi dans mon cas ? La réponse dit beaucoup sur l'individualisation de la prise en charge.
Y a-t-il un geste associé ? Une ténodèse latérale, une suture méniscale, une réparation du ménisque interne changent les consignes de charge et d'amplitude, parfois de façon importante. Une suture méniscale impose souvent une limitation de flexion et d'appui que la ligamentoplastie seule n'imposerait pas.
Quelles consignes d'amplitude et d'appui pour les six premières semaines ? Notez la réponse. C'est elle qui pilote votre attelle.
À partir de quand est-ce que j'abandonne l'attelle ? Et sur quel critère, une date ou un examen.
Prescrivez-vous des séances avant l'opération ? La préhabilitation multiplie par 2,7 à 2,9 les chances de succès à deux ans après dix séances.PMID 30790527 La question suffit souvent à obtenir la prescription.
Ce que PIVO mesure, quelle que soit la technique
Les mesures sont les mêmes : amplitude, impact à la réception, hauteur et temps de contact des sauts, valgus dynamique, charge cumulée. Ce qui change, c'est la lecture.
Sur un DIDT, votre kinésithérapeute surveillera plus attentivement la flexion profonde et la force des ischio-jambiers au bilan de cabinet. Sur un KJ, l'extension active et le verrouillage du quadriceps sont regardés de plus près, ainsi que la tolérance à l'appui antérieur.
Dans les deux cas, PIVO ne se porte pas pendant la phase d'attelle rigide, et il ne remplace jamais cette attelle. Le programme commence en préhabilitation, se met en pause entre J0 et J45, puis reprend.
Une dernière chose
Si votre chirurgien a choisi une technique, ce n'est pas au hasard, et un article lu sur internet n'est pas un argument pour la remettre en cause. En revanche, comprendre ce qui vous attend rend la rééducation plus lisible, et un patient qui comprend son programme le suit mieux.
La phase J0 à J45 · L'attelle post-opératoire · Force du quadriceps et seuil de 90 %